Pourquoi je ne commémorerai pas la Commune comme la mairie de Paris

Le 26 mai 1871, il y a 150 ans exactement, une cinquantaine de gardes républicains et de prêtres étaient sauvagement assassinés, au fusil et au couteau. Les premiers parce qu’ils représentaient l’Etat, les seconds parce qu’ils représentaient une religion. Il est choquant que le programme de la ville de Paris commémorant « la Commune » ne fasse aucune place à ces massacres injustifiables.

Au-delà des quelques intuitions avant-gardistes de la Commune, qui sont le propre de tout mouvement idéaliste, il est important de rappeler trois choses :

  • tout d’abord, la Commune s’est installée contre la République. La IIIe République est née le 4 septembre 1870 sur les ruines du Second Empire. Sa première Assemblée nationale fut démocratiquement élue le 8 février 1871. La Commune dure du 18 mars au 29 mai, s’élevant contre cette République qui avait confié à Thiers la négociation de l’armistice avec les prussiens, constatant que la victoire militaire n’était plus possible. C’est d’ailleurs à la vue de l’anarchie générée par la Commune que les Républicains en France abandonneront ensuite leur idéal révolutionnaire.

  • ensuite la Commune fut immédiatement violente. Dès le 18 mars sont assassinés les généraux Lecomte et Clément-Thomas. Le 22 mars elle tire sur une manifestation pacifique des « Amis de l’ordre », faisant plusieurs morts. Fin mai leurs otages sont exécutés par dizaines. N’oublions pas non plus les incendies gratuits de notre patrimoine parisien : les Tuileries avec toutes les archives de la ville, les palais du Conseil d’Etat, de la Cour des Comptes, de la Légion d’honneur, l’église Saint-Eustache, l’Hôtel de ville. Ces exactions furent à l’origine de la terrible répression par l’armée républicaine (contre la volonté de Thiers) dans la dernière semaine de cette guerre civile fin mai 1871.

  • enfin, la Commune préfigure le communisme qui a tragiquement ensanglanté le XXe siècle. Un peu de recul historique nous le fait comprendre : la chance de la Commune fut dans sa brièveté. Elle fut la révolution de 1917 sans les errements du stalinisme. Une analyse plus fine pousse à croire qu’elle en avait tous les germes. D’ailleurs quasiment aucun des écrivains visionnaires de l’époque ne l’ont soutenue, Victor Hugo s’en méfiait, Emile Zola la dénigrait.

Aujourd’hui cet épisode d’autogestion est récupéré politiquement car il incarne l’idéal du mouvement sans leader, à l’instar des ZAD et autres « Nuit debout » de notre siècle… Mais n’oublions pas qu’à l’époque, il tenait plus des « black blocks » de nos fins de manifestations que de nos gentils penseurs accroupis place de la République. Instaurer une anarchie violente et menacer une république naissante n’était pas la bonne réponse aux injustices accentuées par la révolution industrielle.

Voilà pourquoi je ne commémorai pas la Commune, celle que la mairie de Paris porte aux nues en la présentant uniquement comme un vaste chant des cerises, oubliant de façon irresponsable ses faces les plus sombres. Notre Histoire n’est pas un self-service, elle est un bloc dont chaque facette doit nous éclairer.

Par contre, je serai présent à la marche apolitique organisée par le diocèse de Paris en mémoire des otages assassinés le 26 mai 1871 (cf reportage en fin de post).

***

Pour rejoindre cette marche, rendez-vous samedi 29 mai à 17h à l’entrée du square de la Roquette, au niveau du 168 rue de la Roquette, métro Voltaire (ligne 9). Après le dépôt de fleurs devant l’ancienne prison de la Roquette, et le discours de Monseigneur Denis Jachiet, évêque de Paris, nous partirons en procession jusqu’à Notre-Dame des Otages. L’église a été construite rue Haxo en leur mémoire, à l’endroit même où ils furent tués. Nous reconstituerons ainsi le parcours suivi par les otages, du XIe au XXe arrondissement.

Vous trouverez le programme complet sur le site de Notre-Dame des Otages.

Je vous invite aussi à lire ici la vie de quelques otages, notamment le Père Henri Planchat, dont l’action sociale en faveur des travailleurs pauvres de Paris était reconnue, ou encore le Père Pierre Olivaint, éducateur social, fondateur d’une « Société de jeunes gens » qui devint après son exécution la « Conférence Olivaint ».

Massacre des otages le 26 mai 1871 au 85 rue Haxo Paris XXe
Plaque du 85 rue Haxo

Arrestation et exécution de Monseigneur Darboy, évêque de Paris, le 24 mai 1871

Vous trouverez ici mon reportage complet sur cette marche ainsi que quelques articles de presse, notamment suite aux agressions violentes que nous avons subies.

Faites dérouler vers le bas les 13 twits + twits avec liens médias (cliquez sur « affichez cette discussion » si besoin). https://twitter.com/jacques_lefort/status/1399190124689342465?s=20

Ici mon interview suite à ces agressions :


Une réflexion sur “Pourquoi je ne commémorerai pas la Commune comme la mairie de Paris

  1. Excellent article qui remet les idées en place. L’histoire de la Commune appartient à tous. Elle ne se résume pas à l’épopée fondatrice de la gauche communiste et socialiste, la Commune est plus complexe et recèle ses parts d’ombre. Merci de les mettre en lumière.

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